Mardi 4 avril 2006
Après une nouvelles escale dans la capitale Malgache à courir les administrations en quête d’une extension de visa et les postes restantes dans l’espoir d’y trouver un colis qui jamais n’arrivera, nous avons finalement repris la route du sud, la célèbre RN7, direction la petite ville d’Ambalavao proche de Fianarantsoa. Porte du sud tout entier, réputée pour son vaste et précieux marché aux zébus qui se déroule ici chaque semaine « depuis, depuis, depuis… » comme on dit ici (entendez on ne sait même plus depuis quand il existe), Ambalavao nous intéresse car c’est la porte du Massif de l’Andringitra, parc National renommé qui abrite le plus haut sommet accessible de Madagascar le Pic Boby. Allez savoir pourquoi le point culminant situé au nord du pays reste réservé aux initiés et autres adeptes du contortionisme vertical.

Nous voici donc en compagnie de Marcel, guide chef, de Martin, guide du parc de deux porteurs (pour une fois on va pas se priver sous le prétexte charitable, qui nous arrange aujourd’hui, de faire travailler les locaux…). Mais il nous faut avant tout rallier l’entrée du parc distant de 50 km qui, si elle se trouvait au bout d’une route dite carrossable, se parcourrait le temps de 3 stations de RER. Or il nous faudra 4h, le temps d’un métro Malgache, pour venir à bout d’une piste défoncée rendue plus pénible encore par l’apathie d’un chauffeur soucieux de ménager sa monture (mais pas ses clients) et propriétaire d’un véhicule défaillant qui additionne les crevaisons et les pannes…

Une fois en route, celle avec des grosses chaussures aux pieds, nos petits mollets encore peu préparés à la verticalité de la route ici exemplaire vont vite s’échauffer. Les bougres, ils n’ont pas le choix. L’endroit, vaste et sauvage, est grandiose et en ces temps peu touristique plus peuplé de faune locale que touristique. Bivouac sous la tente et au coin du feu. Nos hommes sont des perles et à 2100 m d’altitude on nous sert des petits repas de chef clos sur bananes flambées. Le lendemain, ascension du Pic Boby (2658m une broutille) que les locaux préfèrent appeler par son nom d’origine : Imarivolanitra signifiant « tout près du ciel ». Et pour cause, le Pic Boby tiens son nom d’un chien, celui d’un éminent colon qui, en 1927, avait fait la course avec d’autres mais c’était vu devancé au sommet par son chien, le dit Boby. Un nom de chien pour une montagne aussi prestigieuse, pour les Malgaches ça ne fait pas l’affaire !
Apres 2h de marche dans des escaliers taillés dans la roche, nous dominons toute la plaine qui s’étend à nos pieds. Le Massif de l’Andringitra tout entier, la falaise du Tsaranoro, la ville d’Ambalavao et la porte du sud qui mène vers le canal du Mozambique que l’on distingue à l’horizon selon nos guides mais pour cela sans doute faut-il avoir des yeux Malgaches…8h de marche plus tard nous pouvons bivouaquer la tête sous les étoiles au son des chants et des danses de nos guides.
Encore 4h de marche à travers les rizières et villages des populations Baras (les célèbres voleurs de zébus) et Betsileo pour rejoindre la falaise du Tsaranoro tant convoitée par les grimpeurs du monde entier et pour cause. Haute de près de 1000 m, lisse comme une savonnette après la douche, elle est un défi à toutes les lois de l’apesanteur et attise donc la convoitise des plus farouches, des plus experts (et des plus musclés aussi, nos petits bras ne résisteraient pas à une telle entreprise). Au quatrième jour, ils rentrèrent après encore 5 h de marche pour rejoindre le monde moderne qui devrait être synonyme de transports à moteur.

Deux jours plus tard, après la célèbre messe du marché aux zébus, route vers Tuléar tout au sud où nous sommes à ce jour. Dernier objectif de ce voyage avant le retour, dans 15 jours déjà : rallier Tuléar à Fort-Dauphin, bastion sudiste isolé, par la terrible piste qui longe le littoral sud. Une des plus belles dit-on mais surtout une des plus difficiles. Un souci majeur de taille demeure pour se lancer dans une telle entreprise : trouver un 4x4 pour faire la route (jusque-là rien d’insurmontable), mais surtout des gens pour partager les frais du voyage, ceux-là insurmontables pour notre porte-monnaie de petit voyageur. Suspense, suspense…

par Claire et Reno Marca publié dans : voyagemadagascar
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