Lundi 13 mars 2006
Embarquement à bord de la goélette « Camarade » pour un voyage comme à l’époque des flibustiers, des pirates et des corsaires. Pas de moteur bien entendu, 5 voiles remontées à la force des bras et tendues par les vents (il faut réunir la force de 4 hommes environ pour hisser une voile), le mat et la baume qui ne cessent de craquer et de grincer, le brasero à bois pour faire cuire le riz et une kabosy (petit ukulélé local) pour meubler le temps. On nous offre gentillement la seule cabine à bord, petite boîte de 1,30 m de haut et de 2m sur 2 d’un confort relatif mais agréable compte tenu que le pont, brûlant aux heures du jour, est encombré d’un tas de bazar qui nous empêcherait d’y faire du camping : petite pirogue (l’annexe), « cuisine », casseroles, réserves d’eau, ancres, bouts, et toit de la cale dans laquelle dorment 30 t de sel.

Un voyage grandiose même si rendu éprouvant par la chaleur accablante, les orages nocturnes mais plus que tout le roulis permanent qui fait tourner la tête. La mer est ici bien formée jusque devant l’entrée de Maintirano où nous arrivons après 3 jours. La ville est recluse derrière une passe qui soulève des rouleaux de plus de 2m de haut. Il faudra 36 h d’attente infernales dans ce roulis latéral au capitaine pour qu’il se décide à se lancer, sans doute conscient de la difficulté et des dangers de franchir une telle barre avec un engin antédiluvien et si chargé. Apres si longtemps à attendre au rythme du roulis, autant dire que nous avions eu tout le temps, nous aussi, de méditer sur tous les scénarios éventuels d’une telle entreprise : un ride de surf en bobsleigh centenaire, personne ne l’a encore jamais tenté. Pour vous, nous l’avons fait !

Et nous n’étions pas au bout de nos surprises car au moment de se lancer, le capitaine exige de nous enfermer dans la cabine pour ne pas gêner les manœuvres des 6 hommes d’équipages. Paniqués, nous voilà dans notre petite boîte sans lumière et sans air avec pour seul indice extérieur le bruit des déferlantes nous arrivant dessus. Angoisse totale quand la première menace de nous renverser de côté, submergeant le bateau d’eau qui rentre par les portes avant qu’une seconde puis une troisième nous bouscule violemment vers le rivage manquant de nous planter dans le sable de la plage. Après ce long stress et tant de fatigue, la terre ferme a du bon, le coca frais aussi !

L’idéal aurait été de continuer vers le nord avec un moyen flottant mais motorisé cette foic-ci. Or de telles perspectives ne semblaient pas vouloir se présenter avant 8 à 10 jours. Impossible pour nous d’attendre si longtemps. Nous nous sommes donc envolé pour Mahajanga à bord d’un petit Twin Otter quadragénaire…

À présent retour à Tananarive pour une extension de visa puis retour vers le grand sud. Encore 1 mois ½ de voyage en perspective…

par Claire et Reno Marca publié dans : voyagemadagascar
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