Lundi 13 mars 2006
C’est au XIX° siècle que débute l’histoire des goélettes de Belo. Radama Iier, alors roi de Madagascar fait venir de France des charpentiers de marine bretons afin de former les populations locales ; Une famille s’installe alors à Belo, important un style de bateaux dont le savoir-faire, transmis par oral, perdure aujourd’hui. Des bateaux entièrement faits de diverses essences de bois, pouvant faire jusqu’à 22m de long pour les plus grands. En dehors de la saison des pluies, ils naviguent sur le Canal du Mozambique de Tuléar au sud à Mahajanga, Nosy Be  au nord même pour certains. Ils transportent de l’épicerie, du sel (Belo compte d’importante salines) etc… livrant les marchandises le long de cette région côtière encore isolée et recluse par manque d’infrastructures routières.

Chaque famille à Belo rêve de construire et de posséder son propre boutre. À raison de 3 ou 4 nouveaux bateaux par an, le littoral du village ressemble à un immense chantier de charpenterie de marine dont certaines carcasses semblent ne jamais se finir. Faute de moyens on travaille sur le bateau quand on a un peu d’économies ce qui demande parfois de longues années avant l’achèvement de la goélette ! Pour fabriquer ces bateaux, les outils modernes sont toujours inexistants faute de moyens financiers pour les acheter et d’électricité dans le village. Même l’essence à Madagascar coute aussi cher que chez nous ! On courbe le bois en le chauffant sur la braise, on utilise l’herminette, on calfate au sisal et à la résine. Si les techniques n’ont pas ou peu changé depuis les premières goélettes, la silhouette du bateau a quelque peu été modifiée par les commanditaires toujours désireux de pouvoir charger plus les bateaux. Aujourd’hui, elles sont plus ventrues, moins rapides sur l’eau, plus lourdes… Mais le problème majeur auquel doivent faire face les constructeurs est la pénurie de bois. La matière première fournie par les Masikoro qui résident dans les terres ne peut plus être impunément coupée : il faut au moins une centaine d’arbres pour faire un bateau ! Une vaste forêt vient d’etre déclarée zone protégée dans l’arrière pays de Belo, privant ainsi les Masikoro de leur travail et les charpentiers de bois. Un vaste commerce illicite s’est donc installé mais ne résolvant en rien ce problème de taille.

En cette saison les goélettes sont toutes à l’abri des intempéries dans la lagune de Belo : entretien, réparation, calfatage, peinture… on bricole avant de reprendre la mer. C’est la raison pour laquelle nous sommes là précisément maintenant : pour pouvoir s’embarquer à bord de l’une d’entre elles avant que toutes ne soient en mer à livrer le fret. Au bout de 8 jours, une opportunité se présente à nous qui, si nous la ratons, promet de mettre notre beau projet à l’eau. 2 goélettes partent livrer 60 T de sel au nord dans la ville de Maintirano. L’affaire est vite conclue avec le capitaine, coutumier d’un commerce dont les accords ne se font que par oral.

par Claire et Reno Marca publié dans : voyagemadagascar
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