Lundi 13 mars 2006
Pour remonter de Tuléar à Belo-sur-mer par les flots, il nous fallait trouver un piroguier, un marin, un vrai. Pas un de ces nombreux rastacouères qui, sur les plages du sud malgache vous propose « une balade sur le lagon » entre deux fumettes. Notre enquête nous a rapidement mené à la bonne adresse, celle du capitaine Ranaivo, maître absolu des flots, le seul capable d’entreprendre ce voyage selon son entourage. Voilà donc notre homme trouvé, accompagné de son acolyte, le distrait et serviable Alphonse.

Nous voici donc sur cette embarcation millénaire faite dans un tronc de balsa, armée d’une grande voile et d’un appendice sur le côté droit : le balancier. Assis au fond de la coque, les bases arrière sur un tas de voiles, nous voilà voguant au ras de l’eau en position bobsleigh, le collant moulant d’Albert de Monaco en moins.
Filant plein nord, nous longeons un littoral bordé de plages désertes de sable blanc noyées dans une eau d’un bleu et d’une transparence totalement surréalistes. Ici vivent les pêcheurs Vezo (on dit Vez’), nomades pour certains, pêchant sur le littoral ou sur les îles éparses au large selon les saisons. La pêche au requin est la nouvelle ruée vers l’or. Un butin convoité par tous car les ailerons courtisés par les asiatiques (qui l’eu cru ?) se revendent à prix d’or. Un nouvel essor qui se fait hélas au détriment des pêches traditionnelles.

Chaque midi et chaque soir, nous bivouaquons dans l’un de ces petits villages faits de quelques huttes où les bambins partent en courant en voyant débarquer les vahazas (les blancs). Régime poisson-riz pendant 5 jours mais qui se plaindrait de manger quotidiennement du capitaine, de la carangue ou du rouget fraîchement pêché ? Nuit sous la plage sous la voie lactée avant, chaque matin, de repartir aux aurores. Mais la saison, météorologiquement instable, nous jouera des tours avec des mers d’huiles tous les matins jusqu’à midi à nous faire rôtir sur l’eau en plein soleil pendant des heures sans l’espoir d’une brise. À plus de 40 ° autant vous dire que dans le bobsleigh, ça commençait à fondre…

Sortis du lagon à la hauteur de Morombe, la navigation n’est plus protégée par le récif corallien. Elle devient plus technique et les creux se forment. Nous allons tirer parfois jusqu’à 10 ou 12 nœuds !  Peu de piroguiers du sud s’aventurent jusqu’ici mais notre homme connaît son affaire. Il est déjà allé à Belo. C’est une bonne chose d’ailleurs, car l’entrée de ce petit village reculé se dissimule derrière une lagune tapissée de hauts fonds dont seuls les experts connaissent les codes d’accès. Mais pour cela il nous faut avant tout virer de bord et franchir la passe ce jour-là tourmentée par des creux de 1,50 m. Autant dire que dans une pirogue, assis au ras de l’eau, c’est très impressionnant surtout quand l’engin se soulève par deux fois et menace de se briser sur le côté poussé par quelques déferlantes. Couché sur le balancier nous n’en menons pas large, plus inquiets du sort de l’ordinateur, du matériel photo et des carnets à dessin que du notre…

Après cet ultime épreuve, nous arrivons enfin à Belo-sur-mer, enclave isolée mais connue dans tout le pays pour abriter un foyer de constructions de goélettes qui naviguent sur tout le canal du Mozambique. Et c’est surtout pour elles que nous sommes venus…

par Claire et Reno Marca publié dans : voyagemadagascar
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