La patience et l’entêtement nous ont jusqu’à ce jour, et sous bien des latitudes, permis de réaliser tous nos projets. Madagascar ne fera pas exception. Apres huit jours d’attente
et de recherche à Tuléar en cette saison étonnamment vide de touristes, nous parvenons, par le plus curieux des hasards, à mettre la main sur les deux seuls candidats potentiels. Seuls nous ne
pourrions en effet faire subir un bon de lémurien à notre budget pour payer la location du 4x4 indispensable à une telle entreprise !
Départ jeudi matin aux aurores. Le 4x4 alourdi de 130 l de benzine, nous partons vers le Nord pour contourner le fleuve Onilahy et prendre la piste qui part plein Est avant de bifurquer à la hauteur de la petite ville de Betioky. Cap ouest pour rejoindre le littoral dans un paysage d’une extrême aridité ou les habitants Mahafaly retranchent leurs maisons derrière des haies de cactées. Premier bivouac sur la plage dans le petit village Vezo de Beheloka. Étonnant tapis de sable d’un blanc éclatant bordant un lagon d’une eau transparente. Ici se côtoient populations Vezo et Tanala dans une extrême pauvreté. L’eau douce est rarissime. Même le café est fait à l’eau de mer.
Le deuxième jour nous amène tranquillement jusqu’au magnifique village d’Itampolo. Une baie paradisiaque dont l’étonnante couleur de l’eau lui vaut aujourd’hui le titre honorifique, selon beaucoup, de l’un des plus beaux coins du littoral malgache. Jusqu’ici la piste était praticable, sableuse et molle donc confortable pour nos bases arrière désormais malmenées par la rigidité du 4x4 Patrol qui nous ballote comme des pops corn dans une poêle à frire.
Nous sommes en pays Antandroy et Mahafaly, artisans de sépultures célèbres dans tout Madagascar. Lors d’un enterrement, tout le cheptel du défunt est abattu. La quantité de cornes de zébus décorant la tombe témoigne alors de la plus ou moins grande richesse du mort.
C’est au troisième jour que commencent les difficultés. La piste est de plus en plus difficile à trouver, il n’y a plus ni hôtel ni gargote et nous devons profiter
de l’hospitalité des habitants du village de Bevoalavo pour notre 3° bivouac. Un obstacle de taille nous attend à quelques km de là : la traversée de la rivière Menarandra qui, si elle est à
sec à cette latitude et à cette saison, n’en est pas moins difficile à franchir même avec un 4x4. Il nous faut l’aide d’un villageois pour chercher un passage plus au nord. Au prix d’heures
éprouvantes sur une piste presque impraticable tant les roches calcaires qui en sortent sont hautes, nous parvenons à aligner péniblement les kilomètres. Pays d’une extrême aridité, la seule
richesse de ce territoire sont les innombrables cactus qui regorgent de fruits juteux. Les plantes sont si hautes, si nombreuses et si serrées que la voiture ne peut parfois avancer sans que
leurs fruits éclatent une confiture rougeâtre sur les vitres. La peinture du 4x4 est striée de milliers de rayures d’épines. Si peu d’eau dans ce coin du monde qu’on désaltère zébus, moutons et
chèvres en leur donnant à manger les feuilles de cactus dont les épines ont été préalablement brûlées. Halte à Lavanono, nouvel eldorado de surfeur dit-on, même si aujourd’hui les pirogues Vezo
sont encore plus populaires sur la plage que les long board fluos. Non sans peine nous parviendrons à rejoindre plus à l’est la petite bourgade de Faux Cap tard dans la soirée pour cette dernière
nuit. Le lendemain, si le 4x4 repart vers Tuléar. Mais la fin du voyage n’en sera pas moins éprouvante pour nous à la recherche désespérée de taxi-brousse pour relier Fort Dauphin, but ultime de
cette longue piste de plus de 1000 km.
Ville bout du monde, Tolagnaro comme on la nomme désormais, vie recluse du reste du pays sur un promontoire dominant une baie sublime dans l’attente, peut-être un jour, de routes praticables qui
la relierait au reste du pays.
En attendant c’est dans cet étonnant décor que notre voyage de 3 mois s’achève. Haut en couleur et en aventures pittoresques il aura comblé toutes nos attentes. Photos, dessins, histoires vécues sont autant de matière rapportée dans nos sacs qui n’attendent que d’être compilé dans un nouveau recueil illustré. Va falloir convaincre notre éditeur. Mais une bonne nouvelle tombe à point pour nous y encourager : « 3 ans de voyage » vient de recevoir le prix des 5 Continents dans la catégorie beaux livre qui récompense « les ouvrages qui ont contribué à valoriser le voyage à l’étranger et les échanges interculturels ». Deuxième distinction pour notre pavé qui nous sera remise, excusez du peu, dans 15 jours au Ritz. Il va falloir reléguer notre tenue de route au placard pour l’occasion sinon on risque de nous refouler place Vendôme.
En attendant « Veloma ! » et rendez-vous pour de nouvelles aventures d’ici peu…
Mr et Mme Marcaranana.
C’est au XIX° siècle que débute l’histoire des goélettes de Belo. Radama Iier, alors roi de Madagascar fait venir de France des charpentiers de marine bretons afin de former les populations locales ; Une famille s’installe alors à Belo, important un style de bateaux dont le savoir-faire, transmis par oral, perdure aujourd’hui. Des bateaux entièrement faits de diverses essences de bois, pouvant faire jusqu’à 22m de long pour les plus grands. En dehors de la saison des pluies, ils naviguent sur le Canal du Mozambique de Tuléar au sud à Mahajanga, Nosy Be
Pour remonter de Tuléar à Belo-sur-mer par les flots, il nous fallait trouver un piroguier, un marin, un vrai. Pas un de ces nombreux rastacouères qui, sur les plages du sud malgache vous propose « une balade sur le lagon » entre deux fumettes. Notre enquête nous a rapidement mené à la bonne adresse, celle du capitaine Ranaivo, maître absolu des flots, le seul capable d’entreprendre ce voyage selon son entourage. Voilà donc notre homme trouvé, accompagné de son acolyte, le distrait et serviable Alphonse.